[Dossier] Le web investit dans l’espace

Airbus et l’industrie aérospatiale version 2.0

On apprend sur le web que le projet One Web avance de plus en plus et ça crée d’ailleurs la polémique. Les français se bougent pour dire non au fait que le contribuable paie les projets de satellite…Dans ce contexte on sait que le géant Airbus a été sélectionné par OneWeb pour fabriquer 900 satellites ! Ce ne sont pas de gros satellites comme ce qu’on trouve conventionnellement, mais plutôt des micros-satellites qui ne font pas plus de 150 kg chacun, ce qui est assez énorme techniquement ! En contre partie c’est le nombre qui compte car c’est une commande massive et donc une belle opportunité pour Airbus. Les projets de constellation de satellites surtout celle du passé ne dépassaient pas les 100 satellites, mais actuellement avec le projet OneWeb on passe à une autre échelle de grandeur car c’est un véritable défi industriel pour Airbus qui va devoir fabriquer en très grande série des satellites, et en un temps record de surcroît, ce qui n’a jamais été fait auparavant.

OneWeb Airbus

Ce projet est d’autant plus intéressant qu’emblématique de ce qu’on appelle le New Space. L’espace était jusqu’à maintenant une affaire d’opérateurs de satellite qui commandaient quelques satellites de télécoms et qui étaient fabriqués en l’espace de quelques mois. Il faut entre six et douze mois pour fabriquer de tels satellites, mais la on passe au niveau supérieur car ce New Space représente les acteurs de d’Internet et du Web : on parle bien évidemment de Google, Amazon, Facebook, Apple etc. pour pouvoir relier la planète entière par Internet. L’idée consiste donc à mettre énormément de satellites dans l’espace pour que le monde entier puisse accéder pour vraiment pas cher à leurs services Web.

Ce projet est à la fois une révolution en terme de volume, une révolution industrielle et représente surtout une matérialisation d’un changement historique dans le secteur de l’espace vu l’irruption des milliardaires du Web dans ce marché.

C’est un une belle opportunité pour EADS le groupe – qui tient sa gloire à ses grands dirigeants parmi lesquels on peut citer Lahoud actuel directeur général délégué et responsable de la stratégie marketing après le départ de son prédécesseur Jean Paul Gut ex numéro 3 du groupe et sa reconversion financière ( voir ici Jean Paul Gut après EADS) , mais notamment aussi Camus et Forgeard, figures historiques d’EADS- qui trouve encore le moyen de s’implanter sur un nouveau marché et avant tout avec de nouveaux partenaires venus du monde sans limite du Web.

Ukraine, Russie, France et Allemagne autour de la même table

Selon l’AFP, le Mardi 23 Juin, verra les différents chef de la diplomatie Ukrainienne, Russe, Française et Allemande autour de la même table, pour s’entretenir concernant la situation compliquée en Ukraine, dans sa région Est essentiellement, ou les violences reprennent malgré un cessez-le-feu convenu, à priori depuis pas mal de temps.

Les accords de Minsk, et les hautes priorités sécuritaires, politiques, territoriales et humanitaires, sont au top des dossiers qui seront traités par le quatuor diplomatique, et qui se réunit et se réunira sur une base récurrente.

Cette réunion vient, en effet couronner une période riche en tensions en Ukraine. Les forces gouvernementales se seraient faites attaquer, au début du mois de Juin, pas loin de leur Quartier Général, aux environs de la ville de Donetsk, par les rebelles séparatistes pro-russes.

Cette réunion au sommet sera donc déterminante quant aux décisions qu’il faudra prendre pour négocier un nouveau cessez-le-feu peut être après celui de Minsk “deux”, mais surtout essayer de trouver un terrain d’entente à long terme qui permettra aux collaborateurs ukrainiens, à leurs équivalents russes, mais aussi aux séparatistes de sortir de cette crise et remontée de violence. Rappelons que la réunion qui a eu lieu 12 jours plus tôt entre ces mêmes protagonistes de la crise, s’est soldée par aucune avancée réelle.

Dans le même contexte, ci-après un numéro de #Reporters de France24, qui vous parle et vous explique un peu les dessous de cette guerre qui a fait plus de six milles morts depuis Avril dernier :

Entretien avec Stephane Pesnel traducteur de Joseph Roth (Frédéric du Hauvel)

Quelles ont été les grandes étapes du parcours de Joseph Roth  depuis Brody jusqu’à Paris et comment s’expliquent les incertitudes biographiques qui entourent ses jeunes années ?

 

Dans un de ses premiers romans  La Fuite sans fin  Joseph Roth retrace le parcours d’un soldat autrichien qui  parti de la captivité en Russie  finit par échouer sur une place parisienne  selon un inexorable mouvement de l’Est vers l’Ouest. Comme souvent  c’est avec une saisissante prémonition de son propre destin que Roth raconte l’itinéraire de ce personnage. Né à Brody (alors en Galicie austro-hongroise) en 1894  il passe son enfance et son adolescence dans cette même ville  avant d’entamer des études universitaires à Lemberg / Lviv et à Vienne. Les incertitudes biographiques sur les jeunes années de Roth (sa période galicienne) s’expliquent à la fois par l’absence de documents (on ne dispose que de quelques-unes de ses lettres écrites à l’époque  de quelques photographies et de quelques témoignages recueillis ultérieurement par son biographe  David Bronsen) et par la tendance de l’écrivain à la mystification (il donnera les témoignages les plus fantaisistes et les plus contradictoires sur son lieu de naissance  l’identité de ses parents et cherchera souvent à brouiller les pistes). Pendant les années de guerre  Roth est envoyé au front pour réaliser des reportages sur les combats  et c’est sûrement en partie à ce moment que se dessine sa vocation de journaliste. Revenu à Vienne après la Première Guerre mondiale  il se lance dans le journalisme où son sens de l’observation et de l’analyse font merveille. Vienne  faut-il le rappeler  n’est désormais plus que la capitale d’un État qui compte à peine six millions d’habitants  et la situation économique de l’Autriche d’après-guerre fait que les débouchés professionnels qui s’offrent à un jeune journaliste ambitieux et talentueux comme l’est Roth ne sont pas suffisants. Il part donc pour l’Allemagne et sera pendant une dizaine d’années  jusqu’au tout début de l’année 1933  un des journalistes les plus cotés de la République de Weimar. Ces années sont aussi celles où s’affirme son écriture romanesque  qui toujours se développera en parallèle avec son activité de journaliste  ces deux pans de sa création se nourrissant véritablement l’un de l’autre. Envoyé par la Frankfurter Zeitung faire des reportages à travers l’Europe  Roth voyage en Italie  en Russie soviétique  en Albanie  en Yougoslavie  retourne épisodiquement en Galicie  et surtout il découvre Paris au milieu des années 1920. C’est un véritable « coup de foudre » dont il ne se remettra jamais  il écrit des pages exaltées sur Paris et aussi sur le midi de la France. La période « allemande » de Roth s’achève brutalement au tout début de l’année 1933 : avec l’accession d’Hitler au pouvoir  l’écrivain  qui depuis toujours a compris l’ampleur du danger que représentait le national-socialisme pour l’Europe  pour la civilisation  pour l’humanité  prend le train pour Paris et y passera les six années qui lui restent à vivre  s’installant successivement dans deux hôtels de la rue de Tournon. Cette période parisienne (1933-1939)  dans laquelle Roth continue à mener de front sa carrière de journaliste (il écrit désormais pour des journaux d’exilés) et celle de romancier (les chefs-d’œuvre se succèdent) est marquée par un scepticisme et un désespoir croissants  causés tout autant par l’échec de sa vie privée que par le contexte politique européen (l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie en 1938 lui donne pour ainsi dire le coup de grâce). L’alcoolisme qui l’accompagne depuis des années ne cesse de s’aggraver  et Roth meurt en mai 1939 à l’hôpital Necker à la suite d’une crise de delirium tremens. De l’immensité des plaines galiciennes  de la vastitude de l’empire austro-hongrois au quartier du Sénat à Paris  dans lequel il a aimé vivre et écrire  et qu’il surnommait affectueusement sa « République de Tournon »  l’espace n’a cessé de se rétrécir autour de cet homme à l’identité complexe et multiple : écrivain autrichien  journaliste allemand  Parisien d’adoption  cosmopolite convaincu  perpétuel exilé et déraciné.

 

 

 

Quelle fut la genèse de Job. Roman d’un homme simple que vous avez tout récemment traduit ?

 

L’écriture du roman Job se situe à une période de la création littéraire rothienne qu’on peut considérer comme un tournant. Auparavant  Roth a écrit ce qu’on appelle en allemand des « Zeitromane »  c’est-à-dire des romans qui se consacrent à la description et à l’analyse des problématiques contemporaines  de la physionomie de l’époque actuelle. Roth s’est illustré dans ce type de romans  donnant un tableau très pertinent des tendances de fond de l’Autriche de la Première République et de l’Allemagne de Weimar. Avec Job  il tourne définitivement la page de cet univers romanesque centré sur le monde contemporain et les métropoles de l’espace germanique pour aborder des thématiques qui lui tiennent à cœur  et dont il a sûrement été amené à réévaluer l’importance qu’elles ont pour lui grâce à l’essai Juifs en errance qu’il a écrit en 1927  et qu’on peut par certains aspects considérer comme une étude préparatoire à l’écriture de Job : je veux parler des thématiques liées au monde juif traditionnel  à l’univers du judaïsme d’Europe centrale et orientale qu’il a côtoyé pendant l’enfance et dont il veut donner une image juste  informée  précise  éloignée des clichés et des préjugés qui avaient souvent la vie dure. Il y a chez lui comme une urgence (de nature personnelle  mais aussi politique : Roth observe depuis le milieu des années 1920 la montée du national-socialisme en Allemagne avec une inquiétude d’une immense clairvoyance) à parler de ce monde juif et peut-être aussi  pour celui qui est devenu un journaliste occidental vivant dans les grandes villes de la modernité triomphante (Berlin  Paris)  une manière de renouer avec les contrées géographiques  affectives et spirituelles de l’enfance. Job est publié en 1930. Deux ans après  Roth va se tourner  avec La Marche de Radetzky  vers un autre univers lié aussi pour lui à l’enfance : celui de la monarchie austro-hongroise. À partir de là  le monde juif d’Europe de l’Est et l’univers de la monarchie impériale et royale vont être au centre de sa création narrative  avec les espaces qui leur sont liés  qu’il évoquera de manière suggestive (les plaines  forêts  lacs  bourgades et villes de Galicie ou de Volhynie).

 

 

 

Quels sont les parentés littéraires  proches et lointaines  de l’œuvre de Joseph Roth ?

 

Joseph Roth est un écrivain qui affirme lire très peu. Mais si l’on va au-delà de cette affirmation un peu provocatrice  on parvient tout de même à déceler dans son œuvre des traces de la lecture de grands auteurs  ou tout au moins des parentés indéniables. Ce que l’on peut dire de manière générale  c’est que Roth n’est pas un écrivain tourné vers les expérimentations formelles de la modernité (même s’il s’essaie un temps à l’esthétique de la « Nouvelle Objectivité »)  mais qu’il regarde essentiellement en direction du passé et notamment du XIXe siècle. Dans la littérature de langue allemande  il faut ainsi penser au grand auteur dramatique autrichien Franz Grillparzer  et au plus éminent représentant de la symbiose judéo-allemande  Heinrich Heine  qui un siècle avant Roth fera lui aussi le choix de l’émigration en France. On note aussi une prédilection pour les grands auteurs du XIXe siècle français comme Stendhal ou Flaubert. Mais aussi des parentés nombreuses avec les grands écrivains russes comme Tolstoï. Et il ne faut pas oublier l’importance de toute la tradition narrative de l’univers littéraire yiddish  dont on trouve tellement de résonances dans l’œuvre de Roth. L’auteur de Job et de La Marche de Radetzky est un écrivain qui croit fondamentalement au plaisir de la narration et qui a très certainement appris son métier auprès des grands « conteurs » européens du XIXe siècle.

 

 

 

Quels sont les personnages emblématiques de l’œuvre romanesque de Joseph Roth ?

 

Le monde romanesque de Roth est majoritairement masculin. Cela est sûrement lié à la prédominance de l’arrière-plan historique de la Première Guerre mondiale dans ses premiers romans  qui mettent en scène des « Heimkehrer »  c’est-à-dire des soldats qui reviennent du front et découvrent au lendemain de la Grande Guerre des sociétés occidentales modernes dont ils n’ont pas les codes. Avec Job et La Marche de Radetzky  les personnages emblématiques vont devenir d’un côté les juifs de l’est avec leurs formes de piété et d’existence traditionnelles  et d’un autre côté les serviteurs de l’empire austro-hongrois  les officiers et les fonctionnaires au service de l’empereur François-Joseph. Mais ce qui l’intéresse plus que tout  c’est de montrer le surgissement  au sein d’existences en apparence banales  d’une étincelle qui va faire basculer l’existence de ces personnages : dans Les Fausses Mesures  un contrôleur des poids et mesures  incarnation d’un ordre rigide  s’éprend d’une belle tzigane et succombe aux sortilèges du monde bigarré et interlope dont elle est issue ; dans Le Marchand de corail  un modeste artisan et négociant juif s’abandonne au désir inextinguible de découvrir les océans et leurs fonds marins. Le monde des romans et nouvelles de Roth est une véritable « comédie humaine » avec beaucoup de personnages hauts en couleur et toujours attachants.

 

 

 

Quelle lecture faites-vous de cette citation de Joseph Roth qui remonte à 1924 : « La Galicie est dans la solitude du bout du monde  et cependant elle n’est pas isolée ; elle est proscrite  mais non coupée du reste de l’univers » ?

 

Roth se place sans doute ici dans la perspective « autrichienne » : dans l’empire austro-hongrois  qu’il a connu dans son enfance et son adolescence  la Galicie était la province la plus éloignée par rapport à Vienne  elle était la marge  la périphérie par rapport à la capitale des Habsbourg. Limitrophe de l’empire russe  elle semblait ouvrir sur un espace infini et essentiellement rural  des terres à perte de vue. Sur son compte couraient aussi nombre de préjugés (on en faisait volontiers une région arriérée  aux conditions de confort et d’hygiène très rudimentaires). Roth a souvent pris la défense de ces régions orientales en mettant en évidence la beauté mélancolique de leurs paysages  mais aussi la richesse  la profondeur  la dignité éthiques et spirituelles de leurs populations (il suffit de penser aux évocations des soldats et paysans ruthènes ou à celles des juifs de l’Est dans son œuvre romanesque). Il ne faut pas oublier que la Galicie a aussi été un foyer important du renouveau spirituel juif et notamment du hassidisme. Enfin  pour un écrivain issu de la minorité germanophone de Brody  il y a aussi la conviction que l’enseignement délivré par les établissements scolaires de Galicie transmettait un important bagage culturel et humaniste  et que les juifs de l’Est ayant bénéficié de cet enseignement  comme lui  étaient les véritables dépositaires de l’humanisme allemand. Il écrit ainsi dans Juifs en errance : « Pour le juif de l’Est  l’Allemagne est par exemple encore et toujours le pays de Goethe et de Schiller  de ces écrivains allemands que n’importe quel jeune adolescent juif désireux d’apprendre connaît mieux que le lycéen allemand qui arbore la croix gammée. » Dans l’œuvre de Roth se construit ainsi toute une dialectique du centre et de la périphérie  Vienne étant ainsi associée à la superficialité d’une culture élégante et frivole  tandis que c’est en Galicie qu’on trouve une profondeur humaine  éthique  spirituelle qui fait toute la dignité de ses habitants –dont l’Europe des grandes métropoles occidentales gagnerait à s’inspirer. Il y a là toute une mythologie personnelle qui a souvent conduit Roth à rêver pour l’Europe centrale d’une symbiose harmonieuse de l’élément slave  de l’élément autrichien et de l’élément juif.